Projet 52²

[34] Karine – Des élèves attentifs

Cette semaine, Anna et moi avions envie de vous parler de la vie de classe, avec une maîtresse qui a beaucoup à apprendre… de ses élèves ! 😉

tableau

On voyait bien que cela n’allait pas fort. Jules me jetait des regards en coin depuis l’autre bout de la classe et Emma faisait passer un petit papier froissé vers moi. On faisait tous semblant de travailler, mais on lorgnait vers le bureau où la maîtresse séchait ses larmes du bout d’un mouchoir en papier.

« Tu sais ce qu’elle a ta mère ? Oui – Non entoure la bonne réponse »

J’ai entouré « oui » et griffonné quatre mots avant de repasser le papier à la voisine. Je vis les autres gamins lire le petit mot, faire une tête navrée, puis laisser mes mots voyager vers leur destinatrice.

– Faut faire quelque chose, me souffla ma voisine.

Yasmine, c’était la première de la classe. Jamais elle ne pipait mot pendant les cours, mais là, ça avait été plus fort qu’elle. Je haussais les épaules pour signifier mon impuissance alors que ma mère se mouchait bruyamment. On avait six exercices de calcul à faire, de quoi avoir la paix pendant au moins trente minutes. Je me tournais vers Emma qui lisait ma prose. Elle leva son joli minois vers moi, la moue pensive, les yeux mi-clos. J’adorais cette fille depuis qu’on était au CP. Évidemment, je n’avais rien dit à personne : on n’était plus assez jeunes pour s’avouer nos sentiments mais pas assez vieux pour tenter de se rapprocher. Je laissais donc faire le temps… Sur son visage passa une discrète lumière et elle m’envoya un sourire espiègle avant de me répondre sur le même papier froissé.

À ce petit jeu, au bout de trente minutes, nos calculs n’étaient pas terminés mais toute la classe avait un plan d’action.

– Vous avez fini ?

La voix n’avait pas perdu de son autorité malgré la tristesse qui y perçait. Pas évident de se faire plaquer quand on a trente ans et qu’on est mère célibataire. D’un autre côté, comme je n’avais jamais apprécié Richard, il n’allait pas me manquer.

La classe émit des « oui » et des « non » mêlés et ma mère soupira.

– Dans cinq minutes, je ramasse vos cahiers et on corrige au tableau.

– Maîtresse !

– Oui, Emma ?

– Je ne me sens pas très bien…

Ma mère se leva pour poser une main inquiète sur le front d’Emma qui n’avait rien. Cette dernière grimaça, porta une main à son ventre et leva un regard pitoyable vers ma mère.

– Ça n’a pas l’air d’aller… Tu veux aller à l’infirmerie ? Je pense qu’il y a quelqu’un ce matin…

– Vous pouvez m’accompagner ?

– Bien sûr. Marco, garde la classe, s’il te plaît.

Normal. C’était toujours sur moi que la corvée tombait… Je me levais pour me poster à côté du bureau pendant que la malade quittait la classe avec notre maîtresse.

– Tu es sûr de ton coup ? me questionna Jules.

– Je ne sais pas. Mais ça vaut la peine d’essayer, non ?

– T’es sûr qu’il est là ? fit Yasmine.

– Moi je l’ai vu, ce matin ! intervint la discrète Emmeline que cette discussion paraissait passionner.

– Taisez-vous ! C’est pas le moment de la fâcher. Finissez vos exercices, on va bien voir si ça a marché.

Je vis quelques nez replonger vers les cahiers alors que d’autres se tournaient vers la porte. Force m’était de constater que je n’avais pas le savoir-faire de ma mère pour mettre mes camarades au travail. Les minutes s’égrenèrent, lentement. Était-ce bon signe ? L’infirmerie était au bout du couloir, ma mère aurait déjà dû être de retour…

Le bruit de ses talons remit instantanément les élèves au travail et elle pénétra dans une classe calme et laborieuse, un sourire discret sur les lèvres, le regard un peu perdu, les joues roses… Il n’y avait plus de larmes dans ses yeux.

Je descendis de l’estrade et passai à côté d’elle en lui lançant un regard amusé. Elle se pencha vers moi et déposa un baiser sur mes cheveux, chose qu’elle ne se permettait jamais en cours. Cela me mit très mal à l’aise et je décidai de lui rendre la monnaie de sa pièce.

– Alors ? Il est mignon le nouvel infirmier ?

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

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Cette entrée a été publiée le 19 octobre 2015 par dans Karine Carville, et est taguée .
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