Projet 52²

[33] Karine – Deux pour le prix d’une

Allez, cette semaine, grâce à Fanny, je vous propose un petit tour au rayon bricolage…

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« Relax… Take it easy… »

La musique d’ambiance du magasin de bricolage ne manquait pas d’ironie. Lucas déglutit et jeta un regard désespéré vers ses amis qui gloussaient derrière lui.

– Allez, te dégonfle pas !

– Fais pas ta princesse !

Les rires fusèrent de plus belle alors que Lucas se grattait les fesses avec un manque total d’élégance. Un grand blond lui tendit un papier froissé.

– La liste des courses. Et dépêche-toi, on n’a pas que ça à faire !

Lucas tenta de se rebiffer, commença un « Non, mais sans rire, les mecs… » mais ses interlocuteurs refusèrent de l’écouter et le poussèrent vers l’entrée du magasin.

– Ah ! Merde ! Lucas, j’oubliais !

Il se retourna vers Cyril qui avait toujours été le chef de leur petite bande depuis le collège. Un éclair l’aveugla un instant.

– Cyril ! Non, pas de photo…

– Tsssss, allez, file beauté ! Ça c’est juste un souvenir pour le grand jour.

Poussé par ses amis (mais pouvait-il encore les appeler ainsi ?), il pénétra dans le magasin de bricolage sous le regard goguenard des vigiles.

Il tira sur sa robe bleu pâle, rajusta sa perruque blonde, puis tenta de masquer son visage rougissant derrière la liste de course. De l’acide sulfurique, un piège à rats, des bâtons luminescents, des menottes rose moumoute et un calepin… S’il pensait pouvoir trouver la plupart des objets, pour les menottes, il avait un doute…

Maladroit sur ses escarpins vernis, il se tortilla dans les rayons à la recherche des produits demandés.

Franchement, malgré le côté potache de cette blague, il trouvait qu’il s’en tirait plutôt bien pour son enterrement de vie de garçon. C’était un bon moment qu’il passait avec ses potes, malgré ce costume de la reine des neiges dont le collant lui serrait les parties et lui grattait les fesses. Non, ce qu’il n’appréciait pas, c’était les photos ridicules que Cyril s’obstinait à prendre. Ce dernier n’avait sans doute pas bien saisi la teneur particulière du mariage qu’il allait contracter. Il allait épouser la fille Dupuis, unique héritière de la plus grosse enseigne de bricolage de France. Et guindée comme l’était sa belle-famille, il pouvait d’ores et déjà parier qu’elle n’apprécierait pas un déballage de photos compromettantes durant le mariage.

Il devait absolument persuader Cyril de ne rien publier. Il osait à peine imaginer la tête que ferait Rachel si elle tombait dessus. Son enterrement de vie de jeune fille s’était résumé à une journée entière en soins divers et une soirée dans un superbe palace. Aucun chippendale ni aucune beuverie en vue… Sa fiancée aurait sans doute du mal à comprendre qu’il se soit baladé dans le costume d’Elsa…

Allez, encore un calepin à trouver et il passerait en caisse. Et tant pis pour les menottes en fourrure rose. Il serait bientôt… libéré, délivré !

Lucas ne put retenir un sourire en se dirigeant vers la sortie, son calepin à la main. Il allait chanter ça à ses potes, ça allait les faire marrer !

Il choisit la caisse 6, par hasard, et déposa ses articles sur le tapis roulant. Il ne doutait pas du regard hilare que la caissière lui adressait sans doute.

– Je vous interdis de chanter « libéré, délivré », lui lança-t-il sans vraiment oser la regarder.

– Je ne vous ferai pas cet affront, chère Elsa, lui répondit une voix douce.

Lucas leva les yeux et se perdit un instant dans des prunelles claires comme ces océans exotiques qu’il ne connaissait qu’en photo. Son cœur loupa un battement, sa bouche s’assécha le faisant lamentablement bafouiller.

– Vous enterrez votre vie de garçon ? demanda-t-elle entre deux bips.

Une lueur provocatrice brillait dans le regard qu’elle lui lançait. Jamais Rachel ne lui avait fait un tel effet…

– Je n’en suis plus si sûr, osa-t-il.

Après tout, un mariage pouvait bien s’annuler, non ?

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

Un commentaire sur “[33] Karine – Deux pour le prix d’une

  1. GARREAU
    12 octobre 2015

    Ah ! Le charme des caissières est bien connu !!! 😉

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 12 octobre 2015 par dans Émotion, familial, Humour, Karine Carville, Nouvelles, et est taguée , , , .
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