Projet 52²

[30] Karine – Les pommes de Blanche

Cette semaine, le thème à développer est la pomme… Vaste sujet, pomme d’Adam ou pomme de terre, ce qui est sûr c’est que c’est pour ma pomme ! Je me suis dit que je pouvais vous en dire un peu plus sur un conte bien connu… Bonne lecture.

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Il était une fois, au plus profond d’une forêt enchantée, une chaumière dont le gabarit aurait interpelé n’importe quel œil averti. Mais, au fond de ces bois où personne ne se rendait jamais, l’œil averti n’était jamais venu. La bâtisse avait une architecture typiquement paysanne au point de pousser la caricature jusqu’à posséder un toit de chaume, mais aussi de jolies fenêtres en partie masquées par d’abondants géraniums. D’adorables hirondelles avaient fait leur nid juste au-dessus tout en prenant soin de ne pas déféquer sur les bâtis. C’est qu’il ne fallait pas nuire au charme de cette demeure tapie dans une végétation luxuriante. Les roses trémières grimpaient à plus de trois mètres, les lys embaumaient à des kilomètres à la ronde, et les vieux arbres alentour continuaient de grossir au fil des ans.

Ici, tout était opulent, à l’exception de la poitrine de Blanche. Oui, autant ne pas tourner autour du pot qu’elle serrait contre elle en cet instant précis : les formes harmonieuses du récipient étaient bien les seules posées sur son torse. Oh, pas que Blanche ne soit pas charmante, que nenni ! Elle avait un visage angélique, une bouche rouge et pleine, un teint que toutes les femmes lui enviaient et des jambes de gazelle. Mais niveau poitrine, elle aurait mérité de s’appeler Planche…

Est-ce pour cela qu’aucun des sept nains n’avait jamais eu un geste déplacé envers elle ? Non, allons, ne remettons pas en cause la bonhommie et la gentillesse de ces sympathiques personnages qui, à l’instant même où je vous décris la scène, passent à côté de Blanche en chantonnant.

La voici donc seule. Les animaux de la forêt se regroupent spontanément autour d’elle, car ils savent que sa voix emplira bientôt l’espace dans une complainte pleine de rondeur et d’espoir. Ah ! Comme elle est belle cette jeune fille, assise au milieu de lièvres et de sangliers attentifs, et qui chante à pleins poumons « un jour mon prince viendra ».

Tiens, le voilà d’ailleurs : jeune, séduisant, beau garçon, athlétique, avec un sourire à vous mettre le cœur en syncope. Il porte un panier de pommes et s’avance vers la jeune fille. Oui, vous avez raison, c’est surprenant : il me semblait à moi aussi que c’était l’affreuse belle-mère déguisée en sorcière qui tentait d’empoisonner Blanche. À tous les coups, il est tombé sur le poil de cette vieille peau Reine et l’aura empêchée de mettre à exécution son monstrueux plan. Chouette ! Mais voyons plutôt…

Le bellâtre s’avance, les animaux s’éclipsent, Blanche se lève, un peu intimidée. La voici rosissante, charmante, qui tente de remonter un peu son décolleté pour masquer son unique défaut. Le prince bégaye.

– Ah… Heu… Blanche ?

– Oui ?

– Je suis Charmant, le Prince Charmant.

– Oh !

Le Prince sourit, un peu mal à l’aise… Ses yeux font le tour de la silhouette de Blanche. Comment ne pas apprécier sa nuque gracile, ses épaules délicates, ses hanches mises en valeur par une large ceinture, ses petites fesses potelées (si si, il en aperçoit les courbes dans les vitres des fenêtres. Mais si la face sud possède de tentants escarpements, côté nord aucune prise n’accroche le regard de Charmant…

– Je…

– Oui ?

– Je suis venu vous offrir des pommes.

– Comme c’est adorable !

– Tout… Tout comme vous, hésite le jeune homme en tendant un superbe panier débordant de fruits brillants.

Blanche se saisit d’une pomme aussi rouge que ses lèvres, la croque dans un geste frôlant l’indécence, et s’effondre au pied du prince, inconsciente.

Derrière ce dernier, la Reine apparaît dans un fourreau en cuir noir au décolleté qui a largement dépassé le stade de l’indécence. Charmant se retourne, hypnotisé par les deux fruits que Son Altesse tend vers son regard. Quand il faut faire un choix, le bien, le mal, tout cela est très surfait face à un 95F…

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

9 commentaires sur “[30] Karine – Les pommes de Blanche

  1. ginou
    14 septembre 2015

    Celle la, elle l’aura jusqu’au trognon … la vilaine ! Un peu trop naïf le prince 😉

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  2. Jean-Philippe
    14 septembre 2015

    Excellent Karine ! La reine ne serait-elle pas une Femen qui s’ignore ?… 😀

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  3. Anna Sam
    14 septembre 2015

    mais loooool Karine ! qu’est-ce qui t’a pris ? XD

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  4. Karine Carville
    14 septembre 2015

    Étonnant comme nous nous complétons sans le vouloir ! Quand tu fais dans le sentimental, je pars dans le délire. ..

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  5. Anna Sam
    14 septembre 2015

    oui… c’est bizarre d’ailleurs
    on est connecté en wifi ? ^^

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  6. Marie-Do
    14 septembre 2015

    C’est chouette quand tu te lâches, un bon moment de lecture qui m’a mis la
    pêche pour la journée quand je l’ai lu ce matin. Trop drôle 😉

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  7. Céline barré
    14 septembre 2015

    Très belle plume, ça vaut tous les tours de poitrine de la terre, n’est-ce pas Karine ?

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Cette entrée a été publiée le 14 septembre 2015 par dans Humour, Karine Carville, Nouvelles, et est taguée , , , , , , .
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