Projet 52²

[29] Karine – Nouveau départ

Pour la reprise de notre défi d’écriture, Sabine nous propose le thème de la voile et de la navigation. Alors, larguez les amarres avec nous !

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Le sac kaki atterrit sur le pont dans un bruit mat. Kristen le suivit d’un geste souple issu d’une longue habitude. Elle ramassa son unique bagage et se tourna vers le quai où deux yeux bleus la fixaient.

– Allez, viens.

Le berger australien ne se fit pas prier et rejoignit sa maîtresse à bord du petit voilier. Tandis que Kristen descendait poser ses affaires dans l’une des deux cabines, il fit le tour de l’embarcation. 34 pieds de long, c’était vite fait. Truffe à terre, il explorait cette habitation flottante qu’il avait toujours affectionnée. Bien sûr, ce n’était pas facile pour un chien de passer de longs jours en mer sans pouvoir courir, mais il y avait les pauses. Les arrêts dans des ports inconnus. Les balades dans ces villes emplies d’odeurs exotiques. Les plongeons dans des baies aux eaux turquoise. Les courses sur des plages désertes. En somme, de quoi créer une certaine excitation chez n’importe quel canidé.

– Alors, boule de poils, t’es prêt à larguer les amarres ?

Le berger fixa sa maîtresse en remuant la queue. Elle avait beaucoup changé depuis quelques semaines. En vérité, tout avait beaucoup changé depuis quelques semaines. Ceux de sa meute avaient disparu, comme ça, du jour au lendemain. Cela s’était passé un soir : il s’était retrouvé seul à la maison. Ce n’était pas normal : habituellement, ses maîtres rentraient, les uns après les autres, durant les dernières heures du jour.

D’abord le plus jeune, celui qui sentait le bonbon. Il posait son sac plein de livres et se jetait sur son chien pour le gratouiller. Puis, il lui ouvrait la porte pour qu’il puisse aller se soulager dans le jardin. Souvent, ils jouaient à la balle.

Puis, sa plus grande maîtresse arrivait. Elle portait de gros sacs qui sentaient bon la nourriture. Elle embrassait son fils puis son chien. Enfin, parfois c’était l’inverse et alors il se sentait encore plus important dans sa meute ! Pendant que le plus jeune rangeait les courses, elle s’asseyait sur le gros fauteuil et il pouvait poser ses pattes sur ses genoux et recevoir une dose conséquente de caresses.

Enfin, il s’asseyait face à la porte et attendait son maître, cet homme grand qui allait prendre sa femme dans ses bras pour l’embrasser, qui allait chahuter avec son fils, puis poser les yeux sur son chien. Le maître, c’était celui qui prenait une longue laisse et allait courir dans les bois avec lui. Le maître, c’était celui qui dormait avec Kristen dans un grand lit sur lequel il n’avait pas le droit de monter, mais qui laissait traîner sa main vers le sol pour la plonger dans l’épaisse fourrure du berger au moment où le sommeil venait. Le maître, c’était le maître, et puis c’était tout.

Cependant, ce soir là, personne n’était rentré. Il est resté là, assis devant la porte, la tête penchée, les oreilles à l’affût, de plus en plus inquiet. Une envie pressante le tenaillait, mais il était hors de question qu’il se soulage dans sa maison. Soudain, la lumière du jardin s’était allumée : ah ! Ils avaient été retenus dehors et ils arrivaient finalement ! Mais la porte s’ouvrit sur un visage qui ne faisait pas partie de la tribu. Oh, bien sûr, il la reconnaissait celle-ci, malgré ses yeux rouges et les reniflements qu’elle émettait : elle avait presque la même odeur et le même âge que sa maîtresse. Mais elle était beaucoup plus triste qu’elle. Elle plongea les doigts dans la fourrure du berger et se remit à pleurer. Il ne put retenir un petit gémissement inquiet alors qu’elle le conduisait dans le jardin en lui parlant. Il s’était passé quelque chose. Quelque chose de grave. Mais il ne comprenait toujours pas quoi alors que la porte de la maison se refermait, le laissant seul une nouvelle fois.

Cela avait duré quelques jours. Il avait perdu l’appétit. Mais un soir, ce fut Kristen qui franchit le seuil de la maison, un bras en écharpe. Elle se mit à pleurer quand il lui fit la fête et, la voyant seule, il comprit l’horreur de la situation.

Depuis ce jour, il refusait d’être séparé d’elle plus de quelques heures.

C’était donc normal qu’ils prennent ensemble le voilier familial pour quitter cette ville et voguer vers de nouvelles contrées. Et puis, qui sait, une autre meute les attendait peut-être, quelque part ?

La voix de sa maîtresse s’éleva dans son dos. Il tourna la tête vers elle.

– Je me demande bien à quoi tu peux penser, mon gros toutou…

Il sourit, mais elle ne le devina pas.

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

2 commentaires sur “[29] Karine – Nouveau départ

  1. ginou
    7 septembre 2015

    l’avantage avec nos compagnons à poils , c’est qu’ils comprennent tout sans avoir besoin de parler …

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 7 septembre 2015 par dans Émotion, Drame, familial, Karine Carville, Nouvelles, et est taguée , , , , .
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