Projet 52²

[27] Karine – À peu près

Cette semaine, il a fallu non seulement s’inspirer de la photo de Sabine mais en plus introduire une liste de mots improbables dans le texte. Merci donc à Sophie pour avoir choisi les mots « perpendiculaire, calembredaine, gnou, giratoire et tricot » !

sauve 13  aout 2005 - copie***

– C’était l’autre rue ! La rue là, tu vois ? On est quand même deux à te dire la même chose : ton gps et moi. Mais non, rien à faire, dès que tu as le volant tu n’écoutes plus personne ! C’était pourtant pas compliqué « Tournez à droite à 50m », une belle rue perpendiculaire… Mais non, hein ? Allez savoir pourquoi, toi tu continues tout droit !

Les doigts crispés sur le volant, Maryse se retint de lancer un regard assassin à son époux. Elle avisa un sens giratoire à quelques centaines de mètres qui lui permettrait de faire demi-tour.

Elle jeta un coup d’œil dans son rétro pour voir comment sa petite famille s’en sortait à l’arrière. Si Julien continuait de s’agiter à ses côtés, sa fille Marina boudait contre la portière, le sac des chaussures familiales calé entre les jambes. Rémy, lui, sautillait sur la place du milieu, les yeux exorbités, à la recherche du camping promis. Quant à sa belle-mère, rien ne pouvait lui faire lâcher son tricot. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…

Maryse s’engagea dans la bonne rue et fut surprise de quitter la petite ville quelques minutes plus tard.

– Maman ? L’est où le camping ?

– On arrive, grommela-t-elle.

– Mais arrête de gesticuler, merde ! Tu me donnes des coups ! tempêta Marina.

– Même pas vrai, je t’ai pas touchée ! contrecarra son frère, les mains agrippées sur les sièges avant.

– Ah ! Ça va pas recommencer ! fit le père en se tournant vers ses enfants. Vous allez gêner votre grand-mère.

Maryse, les yeux fixés sur la route, cherchait l’entrée de leur lieu de vacances. Le gps affichait le drapeau à damier tant attendu, ça devait être là…

– Où est l’entrée ? soupira-elle.

– Ah non, moi, je ne te dis plus rien ! T’as qu’à écouter ton cher gps, ou pas d’ailleurs, je m’en fiche ! T’as voulu qu’on prenne ta voiture, débrouille-toi ! J’en ai marre de faire le co-pilote du gps.

– Maman ! Regarde, un bison !

– Que nenni, mon petit, c’est un gnou… fit la grand-mère qui avait levé le nez de son tricot mais dont les doigts s’agitaient toujours.

– Mais aïe ! Reste à ta place ! râla Marina alors que son frère se penchait au-dessus d’elle pour voir l’animal.

Il tira la langue et elle une Tongue du sac. Un claquement sec se fit entendre dans la voiture.

– Hé ! Mais… Mais c’est un vrai ? s’étonna Maryse.

Tous les regards se portèrent sur l’animal, debout au bord de la route.

– Cessez vos calembredaines, Maryse. Les gnous vivent en Afrique…

– Pourquoi est-ce qu’on comprend qu’un mot sur deux quand mamy parle ? murmura Rémy à sa sœur.

Pourtant, enfermé dans un enclos composé de trois rangées de fil barbelé, c’était bien un gnou qui les attendait à l’entrée du camping. Ainsi qu’un responsable en tee-shirt rouge.

– Bienvenue au camping du bison ! lança-t-il à Maryse qui avait stoppé près de lui.

– C’est un gnou ! affirma la grand-mère.

– Heu… Oui, nous avons eu un petit souci à l’ouverture cette année. Normalement, le zoo nous prête un ou deux bisons sur la période estivale, mais là… Mais je vous en prie, entrez : l’accueil sera sur votre droite. Heu… Vous verrez aussi un marchant de glaces mais cette année il vend des crêpes. Petit souci de réfrigération du camion…

– Sinon, notre bungalow chèvrefeuille en zone ombragée est bien là, lui ? grinça le père.

– Oui, oui. Enfin, depuis la sècheresse, le chèvrefeuille… Mais on a mis des palissades pour faire un peu d’ombre. Mais avancez à l’accueil, on va vous expliquer…

Maryse passa la première en évitant de croiser le regard de son époux : c’était elle qui avait choisi le camping cette année…

– Dans le genre « à peu près », je crois qu’on va vivre un grand moment, grogna le père.

– Si les prestations ne sont pas à la hauteur, on pourra toujours les payer en monnaie de singe, conclut la grand-mère.

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

6 commentaires sur “[27] Karine – À peu près

  1. GARREAU
    6 juillet 2015

    Voici des vacances qui se présentent bien ! Pari fort bien tenu avec l’emploi des mots requis !!!

    J'aime

  2. Ginou
    6 juillet 2015

    nom d’un gnou si c’est pas carré tout ça c’est aussi perpendiculaire que mes aiguilles à tricoter et c’est pas des calembredaines ! Bon d’accord il manque giratoire …😜

    Aimé par 2 people

  3. BERCHER
    6 juillet 2015

    ça c’est du vécu… les enfants qui se batte et qui ronchonne et le chéri qui stress, et bravo pari réussi

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 6 juillet 2015 par dans familial, Humour, Karine Carville, Non classé, Nouvelles, et est taguée , , , .
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