Projet 52²

[25] Karine – Rencontre d’une vie

Oui, oui, complètement à la bourre, je sais… Mais bon, parfois, certains coquillages sont indigestes, non ? 😉

2015-02-06 20.28.59 - copie***

– Tu crois que c’est lui ?

– Je t’en prie, Carlos, ne change pas de conversation ! Le petit est en train de me faire tourner chèvre !

L’homme se pencha vers son fils, le visage sévère :

– Cordel ! Mange tes moules !

Puis, sans qu’il ne puisse lutter contre la folle attraction qui l’habitait depuis de longues minutes, ses yeux se posèrent de nouveau sur la personne assise derrière sa femme.

– Tu crois que c’est lui ? reprit-il à mi-voix.

– Mais c’est dégueu !

– Papa vient de te dire de manger tes moules !

– Tu te rends compte, si c’est lui ?

– Oh, là, là… Dialogue trop de sourds ! râla Angela en engloutissant une frite.

– Angela ! On se passera de tes commentaires ! fit sa mère. Et enlève les écouteurs de tes oreilles.

L’adolescente haussa les yeux et les épaules, mais obéit.

– Tu te rends compte ? Tu te rends compte ? trépignait littéralement Carlos.

La mère soupira en s’appuyant contre le dossier de la chaise. Pourquoi fallait-il que cela arrive ? Ils ne partaient qu’une semaine cette année, se payaient un seul resto au bord de la mer, devaient profiter de ce moment privilégié avec leurs enfants et l’autre débarquait en chair et en os. Comme si cela ne suffisait pas que des dizaines de DVD envahissent les murs de leur appartement. Sept saisons complètes, en français. Quant aux saisons suivantes, introuvables dans la langue de Molière, Carlos les avait dégotées sur Amazon, en VO… Bon, elle devait bien reconnaître que suivre les aventures de Walker Texas Ranger en VO n’avait rien de bien sorcier, même pour une nulle en anglais comme elle. Mais aujourd’hui, le héros de son mari venait de prendre place à moins d’un mètre d’eux. La poisse ! Elle allait en entendre parler durant tout le séjour, toute l’année et même sans doute jusqu’à la fin de sa vie !

– Eh bien, va le voir ! dit-elle, un tantinet provocatrice.

Puis, apercevant son fils qui repoussait discrètement son assiette :

– Et toi, mange tes moules !

– Mais, maman !

– Maman rien du tout, on vient ici une fois par an pour manger des moules, alors tu manges tes moules !

– Mais c’est dégueu ! Ça me donne la gerbe.

– C’est possible qu’il la ferme pour ne pas dégoûter les autres ? grogna Angela.

– J’y vais ? Tu crois ?

– Papa, s’teu plaît… Je peux ne pas manger mes moules ?

– Mais oui, oui…

– Merci, papa !

– Carlos !

– Hein ? Je… Cordel, mange tes moules !

– Mais ! Papa !

L’enfant se cala au fond de son siège, bras croisé, visage fermé.

– De toute façon, t’écoutes jamais ce que je dis… se plaignit-il.

– Mais Cordel, tu ne te rends pas compte, expliqua Carlos en se penchant vers lui. Si tu t’appelles comme ça, c’est à cause du monsieur derrière ta mère.

– Mais moi, j’m’en fous de Chuck Norris ! lança le gamin.

– Mais quel boulet ! soupira sa sœur.

– Tu vas les manger, tes moules ? grogna sa mère.

– Ta mère a raison : mange tes moules.

– Mais, c’est pas bon !

– Je m’en fiche. Dans la vie, il faut être fort et tout essayer. Tu dois vaincre ces moules, mon fils. N’aie pas peur, la peur n’est rien d’autre qu’un mauvais sentiment. Allez, hop : une moule, ouvre la bouche !

Le gamin, perplexe, obtempéra.

– Voilà. Je suis fier de toi, mon fils…

À ses côtés, la mère poussa un soupir consterné alors qu’Angela plongeait vers son assiette de frites en remettant discrètement ses écouteurs.

– Pa… Papa…

– Oui, Cordel ?

Le petit avait changé de couleur et verdissait à vue d’œil. Entre ses lèvres ouvertes, le coquillage trônait toujours sur sa langue alors que des larmes montaient à ses yeux.

– Oh, mon Dieu, non ! fit sa mère en attrapant une serviette.

Trop tard. L’enfant eut le réflexe de se détourner de la table pour vomir la moule et le reste de son repas aux pieds de leurs voisins.

Ce fut au père de blêmir quand il croisa le regard surpris de Chuck Norris.

– Ah… Les enfants, fit celui-ci avec un accent à couper au katana…

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

2 commentaires sur “[25] Karine – Rencontre d’une vie

  1. GARREAU
    23 juin 2015

    Rien de tel pour attirer l’attention que d’avoir des enfants avec soi ! Trop drôle ! Et après, le Carlos a-t-il eu le cran d’aller demander un autographe à Chuck Norris … un prêté pour un rendu, quoi ? 😉

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Cette entrée a été publiée le 23 juin 2015 par dans familial, Humour, Karine Carville, Non classé, Nouvelles, et est taguée , , , , , .
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