Projet 52²

[22] Karine – Le chat noir

Ha, les travaux ! Qui n’y a pas goûté ne connaît pas son bonheur 🙂

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Sur le pied de guerre et armé d’un balai, Pietr Da Silva attendait ses clients avec une certaine impatience. Ils allaient passer ce soir, c’était sûr : ils venaient constater l’avancée du chantier. Depuis une quinzaine de jours, la petite famille avait déménagé chez la grand-mère pour laisser le champ libre à l’entreprise Da Silva. Les travaux avaient bien avancé, mais Pietr appréhendait la visite de ses clients. Non pas qu’il n’était pas satisfait du travail de ses employés, mais un imprévu avait bouleversé le chantier : Melchior, le chat de la maison, avait refusé de rester chez la grand-mère. Moins de quarante-huit heures après le début des travaux, le félin noir s’était faufilé dans les murs, créant une petite panique à la tombée de la nuit. Ses yeux verts, apparaissant alors que les ouvriers éteignaient les lampes de chantier, leur avaient collé la peur de leur vie. Face à leur agitation, le matou avait fui au premier étage, par l’escalier fraîchement vitrifié. Les hommes en avaient été quittes pour reponcer et repeindre les marches le lendemain, appréhendant le retour du chat noir, en sens inverse.

Mais Melchior avait disparu.

Pour mieux ressurgir dans la chambre des enfants alors que les employés finissaient d’installer le plafond tendu. Les griffes plantées dans le morceau de tissu qui gigotait à quelques centimètres du sol, le matou avait semblé surpris de se voir chassé à grands cris.

Informé des mésaventures de ses ouvriers, Pietr était arrivé sur le chantier, bien décidé à capturer le félin et à le rendre à ses maîtres. La cage de transport était prête, mais pas le chat. Melchior était de nouveau introuvable, malgré l’appel irrésistible des croquettes déposées au fond de la cage. Pietr passa la nuit recroquevillé entre le mur fraîchement enduit de la cuisine et une servante à outils sur roulettes. Mais point de chat.

Au petit matin, épuisé et furieux, il fit le tour de la maison pour découvrir les reliefs du repas nocturne de Melchior : le cadavre d’un moineau et une patte de rat gisaient au beau milieu de la dalle en béton du second étage, récemment coulée, et désormais ornée de quelques traces de pattes délicates.

L’aspect artistique de l’œuvre échappa totalement à l’artisan qui se promit d’étrangler lui-même le mécréant qui n’avait aucun respect pour son travail.

Mais Melchior était introuvable.

Les journées se succédèrent, non sans dévoiler le passage du redoutable félin : poils collés sur les murs peints, longues traces de griffes sur les rouleaux de moquettes, jetés d’outils depuis les meubles de cuisine sur le carrelage neuf… Les ouvriers, qui chaque jour se voyaient contraints de recommencer une partie de leur travail, n’en pouvaient plus.

Mais le pire, sans doute, était l’incrédulité des propriétaires du félin qui ne comprenaient pas pourquoi leur adorable Melchior aurait ainsi mené la vie dure aux hommes du chantier. « C’est une boule de poils d’amour, toujours prêt à faire des câlins. Il n’a jamais rien cassé à la maison… » disaient-ils à Pietr, excédé.

Il y eut un mouvement sur sa droite et le chat noir apparut, la queue en panache, le regard vert défiant l’artisan. Pietr se jeta sur lui en criant, balai en l’air, bien décidé à liquider ce gêneur qui allait le rendre fou et couler son entreprise. Mais le félin, bien plus agile que lui, se faufila d’une pièce à l’autre, non sans renverser quelques outils au passage. Pietr sauta par-dessus la disqueuse, bondit pour éviter la valise de la carotteuse qui basculait, et hurla quand le matou s’élança contre un pot de peinture mal fermé.

– Monsieur Da Silva ?

Les propriétaires…

Pietr retourna rapidement vers eux, rouge de colère, bien décidé à leur dire que c’était lui ou leur chat, sachant qu’il y avait peu de chance que le félin ait les compétences nécessaires pour finir leur foutue baraque.

Mais Melchior fut plus vif que lui. Il se glissa au pied de ses maîtres, miaulant à fendre l’âme et dégoulinant de peinture. Ces derniers levèrent vers l’homme essoufflé et armé d’un balai un regard empli d’incompréhension.

– Mais enfin, Monsieur Da Silva !

Pietr ferma les yeux alors que Melchior semblait sourire dans les bras de ses maîtres. Ça allait être compliqué…

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

3 commentaires sur “[22] Karine – Le chat noir

  1. ginou
    1 juin 2015

    Pour un chat noir c’est un chat noir ! 🙂

    J'aime

  2. GARREAU
    1 juin 2015

    Ah ! Quelle histoire, bravo Karine ! On s’y croirait !
    Moi, je me souviens encore des marques dans le ciment frais des creepers de mon fils aîné venu « voir » l’avancement des travaux d’un petit escalier !!! Si j’avais eu un balai sous la main … 😉

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  3. leroi2015l
    1 juin 2015

    Quelle horrible histoire! J’en frémis!

    J'aime

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Cette entrée a été publiée le 1 juin 2015 par dans familial, Humour, Karine Carville, Nouvelles, et est taguée , , , , , .
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