Projet 52²

[20] Karine – Derrière l’écran

Le syndrôme Gilles de la Tourette, voici avec quoi il a fallu « jouer » cette semaine à cause de (grace à ?) Garreau.

QUIZ_Les-insultes-litteraires-_3422

Installée à une table ronde, Élisabeth sirotait son second cocktail sans alcool, les yeux rivés sur son portable. « Allez, allez, décide-toi… » Un bip sembla répondre à sa demande.

Je suis en retard, mais je vais venir. Attends-moi.

La jeune fille soupira, un sourire aux lèvres. Il venait ! Après tous ces mois passés à lui parler derrière un écran, il venait… Son cœur s’emballa et elle leva les yeux pour scruter la rue, à la fois pour le voir arriver et pour s’assurer que ses parents ne la surprendraient pas ici. Quand ils avaient compris que leur fille entretenait une sorte de liaison à distance, ils lui avaient confisqué son ordinateur. Heureusement, Étienne et elle venaient de s’échanger leurs numéros de téléphone, avec la promesse de ne communiquer que par SMS.

Promesse qu’elle avait tenue. Les messages étaient plus courts, plus spontanés, pleins de sensibilité. Elle découvrait une nouvelle facette d’Étienne, pénétrait un peu plus dans son intimité, le dérangeant parfois alors qu’il était en réunion… Ça, elle avait pris garde de le cacher à ses parents ! Étienne, en plus d’avoir le défaut d’être une relation virtuelle, avait un handicap de taille : il était plus vieux qu’elle de cinq ans. Mais elle avait confiance en lui, s’étonnant même parfois qu’il ne soit pas plus entreprenant.

Ne tarde pas trop… J’en suis à mon second cocktail.

La réponse ne se fit pas attendre.

Sans alcool, j’espère, mademoiselle…

Elle sourit.

Bien sûr, papa ! 😉

Tu arrives quand ?

Elle trouva que le bip était un peu long à venir.

En fait, je suis là. Mais je ne suis pas entré. Il faut que je te dise quelque chose, mais c’est un peu délicat et j’ai peur que cela se passe mal si je te le dis en face.

Une sueur froide traversa Élisabeth : ça y était ! Il venait de se rendre compte qu’il n’avait rien à faire avec une gamine de 17 ans et la jetait ! Il était là, mais où ? Dehors ? La jeune fille laissa un billet sur la table et se leva en répondant au SMS.

Tu ne veux plus qu’on se rencontre ? J’ai fait quelque chose de mal ?

Elle sortit du bar : là, à l’angle, la haute silhouette qui lui tournait le dos… Brun, les cheveux noirs, un jean comme sur les photos et ce blouson… Ça correspondait. Allez, courage, mieux valait affronter tout ça en face ! Nouveau bip.

Bien sûr que si. Mais c’est toi qui risques de prendre les jambes à ton cou. Il y a un truc que je ne t’ai pas dit durant tout ce temps et je ne voudrais pas te mettre dans l’embarras. Tu es une fille bien et je tiens beaucoup à toi.

Élisabeth coupa le son de son téléphone en se rapprochant d’Étienne. Elle vit l’une de ses épaules sursauter spasmodiquement puis il passa une main dans ses cheveux. Difficile de savoir à quoi il pensait, mais il paraissait assez mal à l’aise, de dos.

Encouragée par son dernier message, elle répondit.

Depuis tout ce temps, tu as encore des secrets pour moi ? Au moins, je ne m’ennuierai pas avec toi ! Étienne, allez, tu n’es pas venu jusque-là pour repartir, hein ?

Elle entendit distinctement le bip de son téléphone qui recevait le SMS. L’épaule tressauta de nouveau. Il dit quelque chose qui se termina par un son aigu. Elle sentit son téléphone vibrer dans sa main.

Faut que je trouve juste un peu de courage.

Du courage ? Elle en avait pour deux s’il le fallait ! Elle était prête à tout pour ne pas le perdre. Elle inspira puis le contourna en posant une main sur son bras. Il sursauta et son mouvement fut amplifié par son épaule qui semblait décidément hors de contrôle. Elle lui sourit timidement, s’attendant presque à le voir s’enfuir tellement son regard trahissait son inquiétude.

– Puisque je suis là, allons-y, fit-elle avec son habituelle franchise.

Il tenta de lui sourire puis, contre toute attente, tapota sur son téléphone. Le SMS arriva entre les mains d’Élisabeth instantanément.

J’ai une maladie neurologique qui m’empêche de parler normalement. Je pousse des cris parfois sans le vouloir, j’ai des tics corporels…

Élisabeth ne savait pas comment réagir : elle n’avait jamais imaginé cela ! Lui qui parlait si bien derrière un clavier ! Le visage grave, elle releva la tête.

– Et si on allait simplement en discuter autour d’un autre cocktail sans alcool ?

Il reprit son téléphone pour lui répondre, mais elle posa la main dessus. Les yeux plongés dans son regard noir, elle attendit.

– Tu vas avoir honte…

Elle le vit faire un effort pour retenir un autre son qui voulait sortir aussi. Son visage se crispa, son épaule tressaillit. Il avait une belle voix, grave, une voix qui lui réchauffait le cœur… Elle sourit. Non, elle n’aurait pas honte, soudain elle en était certaine.

– Même pas peur ! fit-elle en glissant ses doigts dans les siens.

Elle sentit qu’il refermait la main sur la sienne, prêt à la suivre, enfin.

 

 

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

3 commentaires sur “[20] Karine – Derrière l’écran

  1. ginou
    18 mai 2015

    Bien romantique ce matin comme j’aime parfois !

    Aimé par 1 personne

  2. GARREAU
    18 mai 2015

    Belle histoire à partir d’une proposition farfelue de ma part !

    J'aime

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Cette entrée a été publiée le 18 mai 2015 par dans Émotion, Karine Carville, Nouvelles, et est taguée , .
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