Projet 52²

[11] Karine – Une déposition embarrassante

Contraintes : un lieu nous a été imposé par Anthony et c’est la ville de Montcuq.

moncuq***

Le lieutenant Richard pénétra dans son bureau et salua de la tête les deux hommes déjà assis.

– Il paraît que vous avez été témoin d’un accident ? commença-t-il.

Les deux comparses échangèrent un regard embarrassé.

– Raconte, toi, moi j’peux pas, fit le plus grand.

Le premier portait une barbe de trois jours et des vêtements usés jusqu’à la trame. Une étrange lueur faisait briller son regard. Le second gesticula sur sa chaise. Plus petit, plus âgé, sa chevelure épaisse et d’un noir profond le rajeunissait sans doute. Mais les nombreuses rides causées par le travail au grand air et ses doigts crispés par l’arthrose laissaient à penser qu’il aurait dû prendre sa retraite depuis longtemps.

– Bon, bon… J’m’appelle Daniel Terrier et lui c’est Armand Ciotto. Ce matin, on bossait ensemble dans l’un de mes champs. J’y fais pousser du colza c’t’année. C’est emmerdant l’colza, à récolter, ça salit tout, mais ça rapporte encore un peu…

– Ouais, enfin heureusement qu’on a les subventions de la PAC, enchaîna le plus jeune.

– Oui oui, intervint Richard, mais revenons à ce que vous avez vu.

– Oui. Alors, on était le long de la départementale qui mène à…

Coup d’œil entre eux. Le plus grand ouvrit un peu plus les yeux, comme pour suggérer quelque chose à son collègue. Le flic fronça les sourcils : il n’aimait pas ça… Sur quoi se mettaient-ils silencieusement d’accord ?

– … Heu… La départementale qui mène à Moreuil, juste après Meyrins.

Nouveau regard. Armand pinçait les lèvres en hochant légèrement la tête, comme pour inciter son aîné à poursuivre sur sa lancée.

– On s’apprêtait à r’monter dans le tracteur pour retourner en ville quand on a vu un bolide foncer à toute allure.

– Ouais, il allait drôlement vite, le con… Il filait droit sur Moreuil !

– On s’est dit que c’était encore un d’ces touristes anglais parti respirer l’air de Moreuil…

Le plus grand hocha la tête, une lueur amusée dans le regard. Le lieutenant décida de comprendre plus tard ce qu’il trouvait si drôle et de se concentrer sur la déposition du plus vieux.

– Bref, reprit Daniel, c’en était un qui devait mal connaître la région parce que tout le monde sait que l’entrée d’Moreuil est étroite et qu’à cette vitesse là, ça allait cartonner ! Nous, on a accéléré le mouvement et on est arrivé en premier sur les lieux de l’accident. L’odeur nous a pris à la gorge dès l’entrée de Moreuil : c’était à cause du bus.

– Le bus ? Quel bus ? demanda le policier.

– Ben y’a un p’tit car de ramassage scolaire qui passe par là, précisa Armand, un sourire aux lèvres.

– Oui, et ben l’arrêt d’Moreuil était tout cramé !

– La voiture qui roulait trop vite ? questionna le flic tout en notant qu’Armand tentait de ne pas rire.

– C’est ça, reprit Daniel qui jeta un regard courroucé vers son comparse. Mais le vrai problème, c’est que tout le monde sait que le camion de pompier ne peut pas rentrer dans Moreuil.

– C’est ce qu’on appelle un trou perdu ! explosa soudain de rire Armand en se tenant les côtes.

Il se redressa immédiatement, les mains en l’air, l’œil humide.

– Désolé, j’suis désolé ! On va finir…

– Putain, mais reste sérieux ! le tança son aîné.

– Désolé…

– Mais enfin, messieurs, je ne comprends pas pourquoi vous me mentez depuis le début, fit le flic. Pourtant, je sens que vous dîtes aussi la vérité, je ne comprends rien…

Le plus âgé se tortilla sur sa chaise alors qu’Armand reprenait son sérieux.

– En fait, lieutenant, on a tenté durant tout le trajet pour venir ici de raconter notre histoire, mais on ne pouvait pas… Alors, on a dû changer le nom du bled où s’est produit l’accident.

Le policier haussa un sourcils, complètement perdu.

– Ça s’est passé ce matin, à l’entrée de Montcuq… Mais vous devriez trouver facilement l’endroit, en suivant l’odeur ! éclata de nouveau de rire Armand Ciotto.

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

4 commentaires sur “[11] Karine – Une déposition embarrassante

  1. La chouette bricole
    16 mars 2015

    Qui est la plus tordue? Celle qui soumet l’idée du billet ou celle qui l’écrit !! Et l’inspiration vous la trouvée où? 😀👏

    Aimé par 1 personne

    • Karine Carville
      16 mars 2015

      Tordu ? Tu as dit « tordu » ? Mais c’est mon second prénom… :p
      Quant à l’inspiration, on la trouve dans des endroits indicibles…

      J'aime

  2. gi
    16 mars 2015

    dur quelque fois d’être montcuquois !!!
    mort de rire …

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 16 mars 2015 par dans Humour, Karine Carville, Nouvelles, Polar, et est taguée , , , , .
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