Projet 52²

[11] Anna – Pénurie

Contrainte : lieu imposé par Anthony –  Montcuq

montcuq

– Monsieur le maire, monsieur le maire ! C’est affreux !
Un homme bedonnant, arborant une calvitie qui ne laissait planer aucun doute se retourne vers un jeune homme rouge comme un cul de singe.
– Quoi donc Luc ?
Tout essoufflé, le jeune homme a du mal à trouver ses mots et c’est avec un sifflement digne d’une flatulence haut perché qu’il parvient à s’exprimer.
– Pénurie monsieur Taitedequ. C’est la pénurie.

Taitedequ blêmit. Instantanément.
– Est-ce possible ?
– C’est ce que nous avons toujours craint à Montcuq. Une pénurie. Nous n’avons plus rien, plus un paquet, pas même un demi-paquet ou une plaquette. Il n’y a plus rien.
– Vous avez cherchez la dernière feuille ?
– Bien évidemment.
– Je suis le maire, je dois prendre les choses en main. Nous ne pouvons pas laisser nos concitoyens sans rien pour leurs fondements. C’est impensable. Pas ici ! Pas à Montcuq. J’en fait une affaire d’honneur.

Les deux hommes s’élancent dans la rue principale, longue, étroite et mal éclairée. On voit au loin se dandiner deux croupions au rythme des pas de leurs propriétaires.
Ils arrivent à hauteur d’une supérette. Y entrent et ressortent au pas de course quelques instants plus tard. Deux arrière-trains foncent vers une porte cochère, disparaissent pour réapparaître presque aussitôt. De porte en porte, de maisons en maisons, Luc et TaitedeQu remontent toute la rue.

Au bout du chemin, ils s’assoient à même le sol, comme abandonnés par tous.

– Alors c’est bien vrai se désole monsieur le maire. Luc, on est fichu.
– Il y a un dernier espoir monsieur. Il faut demander à votre beau-frère s’il n’en aurait pas encore en réserve.
TaitedeQu se frappe le front. Sonné par son geste, il articule avec difficulté :
– Mais oui ! Larèdukue, il a toujours une réserve à faire pâlir n’importe quel entrepôt.

Nouvelle course des deux hommes, ils filent si vite qu’on ne distingue que deux croupes floues.

Sur le pas d’une porte en bois massif, un imposant barbu passe la tête lorsqu’il découvre les deux coureurs.
– Un problème messieurs ? Demande-t-il avec un air de faux-cul savamment étudié.
– Ce qu’on a toujours craint est arrivé.
– Oh oooooh… et doooonc ? Lance-t-il d’un air fielleux.
– Je… Nous…
Le maire n’arrive pas à sortir ses mots. Lui qui s’était toujours interdit à se rabaisser de la sorte n’a pourtant plus le choix. Alors il balance d’une traite :
– On a besoin de toi Larèdukue. Montcuq a besoin de toi. Le monde nous observe. Nous ne devons pas faillir.
– Foutrecul ! Mon jour de gloire.

L’homme ouvre sa porte en grand et fait entrer ses deux obligés.
Ils ressortent les bras chargés.

Montcuq ne connaîtra pas la pénurie aujourd’hui. Il y  en a pour tout le monde, et c’est du fleuri.

– Ouf, Montcuq reste ville PQ fleurie, au moins pour une journée de plus !

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À propos de Anna Sam

maman, blogueuse, auteur et un peu plus aussi ;) vous pouvez me lire sur : www.bdencre.com projet52aucarre.wordpress.com et mon premier blog (qui n'est plus actif) : caissierenofutur.over-blog.com

2 commentaires sur “[11] Anna – Pénurie

  1. gi
    16 mars 2015

    toujours autant d’imagination …j’ai bien rit !!

    J'aime

    • Anna Sam
      16 mars 2015

      Hé hé
      C’est fait pour 🙂

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 16 mars 2015 par dans Anna Sam, Émotion, Humour, et est taguée , , .
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