Projet 52²

[09] Karine – Départ à la retraite

Contraintes : Vous nous avez imposé deux couleurs, le jaune et le vert pour aller avec l’image de Sabine.

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***

La foule. Il n’aimait pas ça. Il n’était pas fait pour ça. Mais il était entraîné pour mener à bien sa mission, quelles que soient les conditions. Il rabattit son masque sur son visage, un masque blanc, grimaçant, le même qu’arboraient des dizaines de personnes sur la Piazza San Marco. Il fit un pas.

Il n’en fallut pas plus pour qu’il soit balloté par la populace qui riait, se poussait, dansait. Des plumes bigarrées frôlaient son visage, des costumes aux couleurs vives claquaient contre ses flancs. Il joua des coudes, juste assez pour qu’ils lui laissent de la place, qu’ils le laissent avancer. Il avait peu de temps.

Il porta son regard sur le Campanile et apprécia un court instant ses lignes rouges et élancées. Carla aurait aimé être à ses côtés, elle qui rêvait de visiter l’Italie. Mais c’était impossible. Il était hors de question qu’elle mette un pied dans ce pays de mafieux. Il posa de nouveau les yeux sur les personnes autour de lui. Elles étaient des centaines, voire des milliers, à partager ce moment de liesse. Il devait rester concentré et trouver sa cible. Un loup vert, travaillé avec de véritables émeraudes, et surmonté d’une plume jaune parcourue de fils d’or. Bon sang, ce n’était pourtant pas si compliqué !

Il avançait vers le centre de la place en pivotant régulièrement sur lui-même pour tenter d’apercevoir le loup. Il eut un rictus alors que l’ironie de la situation le frappait : le loup, c’était lui ! Un prédateur sans pitié, furtif, rusé, que personne n’attrapait jamais. Une plume virevolta dans son champ de vision. Une magnifique plume jaune.

Il bifurqua. Sa cible était là, à une vingtaine de mètres de lui, vers les arcades. Il pouvait encore se tromper, mais si elle se retournait, s’il pouvait voir son visage et le loup vert, il n’y aurait plus de doute. Ses doigts enserrèrent le manche de son couteau de chasse.

Il se rapprochait. Dans moins de deux minutes, il aurait rempli sa mission et pourrait rentrer chez lui, en France, auprès de Carla. Ensuite, ce serait terminé. C’était son dernier contrat. Ils plieraient bagage et disparaitraient dans les mers chaudes, là où personne ne retrouverait leurs traces. Il plissa les yeux : là ! Le masque vert, constellé d’émeraude, c’était bien lui !

Sa main se verrouilla sur son arme : plus rien, ni personne, ne pourrait la lui ôter. Cette lame avait été conçue pour lui, pour ce type de boulot. Fine, élégante, légèrement courbe, elle pénétrait parfaitement sous les côtes, déchirait le diaphragme, glissait dans le poumon gauche puis arrêtait le cœur… En moins d’une seconde. Ses victimes, surprises, ne criaient pas et s’effondraient dans ses bras comme un enfant tombant de sommeil. Une mort rapide, silencieuse, invisible pour ceux qui étaient autour d’eux.

C’était une femme. Cela ne changeait rien. Elle partit vers les arcades, son bourreau sur les talons. Parvenue au pied des colonnes, elle fit volte-face, comme si elle cherchait quelqu’un. Elle n’eut pas le temps de le trouver. Il était sur elle. Grand. Enveloppant. Il la prit contre lui comme pour l’étreindre et le couteau s’immisça entre eux. Elle sursauta et leva des yeux immenses, surpris, un regard magnifique… Le cœur cessa de battre. Il la retint contre lui en retirant la lame ensanglantée et un frisson le saisit. Quelque chose clochait. Elle continuait de le fixer et la mort ne posait pas son voile sur elle.

– John…

Un murmure. Cette voix… Ces yeux brillants qu’il aurait dû reconnaître entre mille. Son arme lui échappa et il attrapa maladroitement le corps qui s’effondrait contre son torse. Il n’entendit pas son propre hurlement tandis que Carla fermait enfin les yeux contre lui.

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À propos de Karine Carville

Un jour, on m'a demandé si j'étais un auteur ou un écrivain. J'ai répondu que j'étais une écriveronne ! J'aime raconter des histoires et vous pourrez trouver mes livres sur http://karinecarville.com . J'y partage aussi des lectures et des conseils pour les jeunes auteurs.

3 commentaires sur “[09] Karine – Départ à la retraite

  1. GARREAU
    2 mars 2015

    Ah ! Bravo, suspense jusqu’au bout ! (même si je suis un peu déçue que le personnage s’appelle John et non … Nicolas !!! Lol bien sûr !)

    Aimé par 1 personne

  2. marjorie
    3 mars 2015

    c’est Nicolas qui a commandité en fait!!!

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le 2 mars 2015 par dans Drame, Karine Carville, Nouvelles, et est taguée , , , , .
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